ETUDES A VIENNE ET A PARIS

 

Une flamme vers des hauteurs infinies

 

       A la fin de la guerre Ivan continu ses études à Vienne. Il étudie ce qu’il souhaite depuis longtemps : la littérature, la romanistique et la germanistique. La guerre a agit de façon positive sur le développement de la personnalité d’Ivan. Ivan croit profondémment en la vérité de la foi, et, dès lors, son âme s’élève de plus en plus vers les hauteurs Divines. C’est au cours de cette période qu’il va commencer à s’intéresser à la liturgie après avoir pris part à des exercices spirituels. C’est un membre actif du groupe “Hrvatska” (Croatie) qui regroupe des étudiants catholiques croates à Vienne, les préparant à leur devoir apostolique dans la patrie. Lors d’une réunion il prononcera ces mots célèbres : “La base de notre vie doit être notre rennaissance en Jésus Christ, le reste suit ici-bas”. Entre temps les parents d’Ivan ont déménagé de Banja Luka à Zagreb.

 

Extraits de son journal

       Zagreb, le 26 septembre 1919 – Hier a été le jour le plus significatif de ma vie. Je me suis communié pour la neuvième fois à la gloire du Sacré-Cœur, et je crois que je vais voir la profondeur de la Sainte Trinité. Je dois bien, d’une façon ou d’une autre, mériter cet immense amour du Christ, alors avec l’aide de Dieu je tâcherai, avec plus de  force, de continuer cet acte de sanctification.

       Vienne, le 5 avril 1920 – Du mercredi des cendres à aujourd’hui j’étais à Saint Gabriel à côté de Modling. Ce fût mes plus belles Pâques : j’ai vécu de grands moments de sensations artistiques – la souffrance du Christ et sa résurrection – en vivant pleinement l’art liturgique…La liturgie est le plus grand produit de l’art qui existe au monde, et en plus c’est l’art central, car elle montre artistiquement la vie du Christ, qui est le centre de l’histoire…

       Vienne, le 1er mai 1920 – Spirituellement je suis le plus productif lorsque je vaincs les obstacles ou bien lorsque je souffre. Jusqu’à maintenant j’ai souffert et j’ai vaincu tous les obstacles (la guerre, la faim) parce que  la Providence m’a mis dans de telles situations. Dans ces moments c’est avec joie que j’ai souffert. Mais je n’ai pas encore réussi à m’élever sur de telles hauteurs que je puisse, de mon bon grè, choisir de chemin  plus parfait : le chemin de la souffrance. Je suis arrivé à une certaine hauteur et maintenant une force tenace m’y tient. Mais, en moi, brûle une flamme pour des hauteurs infinies, une ardeur à embrasser sereinnement le Fils et le Père et le Saint-Esprit, et à cela on ne peut y parvenir que par la discipline et la maîtrise tactique de soit-même.

       Zagreb, le 14 octobre 192O – Matériellement, peut-être que ce ne sera jamais de nouveau  aussi bien dans ma vie. Tout va comme je le souhaite. Je peux prendre ma douche tous les soirs, dormir sur un sol propre, me lever à 5 heures du matin, assister à la sainte Messe et recevoir souvent la très sainte Eucharistie… Maintenant je peux étudier théoriquement le problème de la croix, et Dieu fasse que je me crée une base tellement forte qu’en pratique je ne puisse pas succomber à la croix.

 

La foi catholique est ma vocation

La suite de ses études à Paris

       Par l’intermédiaire d’un père jésuite, Miroslav Vanin, Ivan obtient une bourse de France et, à l’automne 1920, accompagné de deux collègues, il part pour Paris, où durant deux ans il continu ses études littéraires à la Sorbonne et à l’Institut Catholique. En plus de ses études il regroupe tous les éléments nécessaires à sa dissertation. Durant son temps libre, il suit activement la vie catholique française. Il entre en contact avec nombre d’intellectuels catholiques ou convertis. Ce séjour, de deux ans, à Paris a été un grand enrichissement culturel et spirituel pour Ivan.

       A Paris Ivan vit une vie profondément religieuse. En tant que membre de l’association caritative de Saint Vincent de Paul, il s’occupe d’une famille pauvre de la périphérie de Paris. C’est l’époque de ces fameuses résolutions quant au perfectionnement de sa vie. Son journal de cette pèriode parisienne n’est pas très étendu. Il se contente de prendre note de temps en temps de se qui l’a particulièrement marqué. Il aime fréquenter la chapelle bénédictine de la rue Monsieur, le centre spirituel de Paris, où viennent nombre d’intellectuels, dont certains s’y sont même convertis. Il est particuliérement impressionné par la prise d’habit d’une novice bénédictine, dont il fait une description émouvante dans son journal. C’est de façon pratiquement prophétique qu’Ivan a prévu la vie monastique de cette novice. Cette religieuse vécut 70 ans au monastère, et ce n’est qu’à la fin de sa vie qu’elle entendit parler d’Ivan Merz. ( Un compte rendu plus vaste de sa vie a été fait par “Glasilo Postulare” en 1980, 1991 et 1994). Voici quelques phrases relatant cet événement extraites du journal d’Ivan :

Paris, le 4 novembre 1921 – Chez  les  bénédictines  j’ai  assisté  à l’habillement d’une

novice. La liturgie est splendide… Elle meure pour le monde, elle devient une corde de crin qui va éternellement chanter la gloire Divine, elle va se consumer comme une flamme et entrera, en vierge sage, avec sa lampe allumée dans le palais cojugual de son Fiancé. Il est bon d’oublier le monde entier et de concentrer toutes ses forces dans son action pour Jésus. Oublier les amis, les projets, tout, disparaître de la surface de la terre, brûler pour entrer véritablement avec le plus de proche là où nous attend le Père, le Fils, la Sainte Vierge Marie dans le Saint Esprit, les apôtres, les martyrs, les anges, les vierges, Thomas, Mahnic, Rogulja – tous ces mondes infinis de l’Apocalypse.

 

 

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      Les parents d’Ivan prennent connaissance, avec mécontentement, de la vie religieusement intense qu’il mène à Paris. C’est ainsi que c’est développée une correspondance très intéressante entre Ivan et sa mère, déjà publiée dans des biographies précèdentes. Sa mère souhaite qu’il vive comme les autres, mais dans ces lettres Ivan lui expose ses motifs et justifie ses attitudes, il souhaite même les inciter à mener une vie plus profondément religieuse. Il attire leur attention sur la brièveté de la vie, qui n’est que la préparation à l’éternité, et par conséquence,  il faut se préparer le mieux que nous pouvons à l’autre monde. Dans une de ses lettres à sa mère il écrit cette fameuse phrase qui dévoile le but de sa vie :“Tu sais que l’université de Vienne, puis la guerre, les études, et enfin Lourdes m’ont totalement persuadés de la vérité de la foi catholique et que pour ces raisons ma vie entière tourne autour du Seigneur Jésus Christ”. Dans une autre lettre  Ivan écrit à sa maman : “La foi catholique est ma vocation et il doit en être ainsi pour tous les hommes sans exception ”. Ce n’est qu’après sa mort que les parents d’Ivan l’auront compris  et qu’ils seront devenus  ce qu’il aura souhaité : des catholiques croyants et pratiquants.