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DEPART DANS LE MONDE
Tout passe A l’académie militaire de Vienne Après le baccalauréat, automne 1914, Ivan part à l’académie militaire de la Nouvelle Vienne. Ses parents voulaient qu’il devienne officier comme son père. Cependant, Ivan n’avait ni volonté ni goût pour une carrière militaire. Il n’a pas tenu plus de trois mois à l’académie. Toutefois cette période lui fut profitable car il a découvert toute la misère morale d’un grand nombre de personnes. Dans son journal on voit clairement son attirance grandissante pour le monde de la croyance, comme opposition à tout le mal moral qui l’entoure.
Extraits de son journal écrit à l’académie militaire Nouvelle Vienne, le 21 septembre 1914 – Ma foi a l’air de faiblir. La pensée de ce qui est beau, la vie religieuse, a l’air de s’éteindre peu à peu… La confession que je désire tant, est ici comme inexistante. La communion, je ne peux la recevoir… 25 octobre 1914 - Tout passe ! Je le sens maintenant dans mon âme. Et peut-être que chaque instant qui suit peut m’apporter une mauvaise pensée : le combat entre le corps et l’âme. Toute vie est un combat entre deux éléments et par ce combat nous montons vers l’idéal de notre vie : le Très Haut. Mon Dieu, Dieu Saint, donne moi la force de prier, que je m’entende avec mon Créateur, avec le Créateur de toutes les divines lois dans la nature, avec le maître de ces innombrables étoiles scintillantes, avec la Vérité éternelle ! “Prier veut dire croire”. Moi je crois en le tout puissant Seigneur Dieu, je crois qu’Il est l’Esprit parfait dans la libre volonté er la grandeur… Par la prière nous communiquons avec Lui, et Il nous répond d’une façon délicatement si surprenante que l’homme pense et respire l’air des cieux. Cette communication avec le Très Haut, ce lien, reconnaissance du Très Haut, ça c’est la religion. Sans la prière la religion est morte… Dieu est un être spirituel. Mais comme nous nous sommes des êtres corporels, notre pensée sur Lui est corporellement spirituelle. Pour que nous le comprenions il est devenu Emmanuel, semblable à nous. Et nous pouvons prier Jésus, et cette prière nous est bien plus facile car Jésus nous est plus proche. 19 décembre 1914 – Quand j’entends parler grossièrement, quand de vilaines images veulent aussi pénétrer mon âme, je vois toujours immuablement l’image de la Madone avec l’enfant, belle et majestueuse expression, centre de tout ce qui est sublime. 22 décembre 1914 - Je finis mon journal et j’espère. Je prie le Très Haut, qui a décidé le chemin du soleil et des étoiles, le sens de chaque petite tige et le devoir de chaque fourmi, qu’à moi aussi il montre maintenent le chemin vers la Pureté, vers le grand art, vers tout ce qu’il y a de plus Haut et d’Eternel. Que se réveille de nouveau, encore et encore, Faust qui s’est comme endormi ici.
Catholique ou rien Etudiant à Vienne Au début de l’année1915 Ivan part étudier à Vienne. Pour faire plaisir à sa mère il s’inscrit en droit, mais en même temps il assiste à des cours de littérature. A Vienne ses horizons culturels deviennent de plus en plus vastes. Il lit beaucoup, va au théâtre, assiste à des concerts, à des opéras. De son journal écrit durant cette période, il ressort que c’est pour lui une époque d’errance et de recherche intérieurs. Le problème de l’amour le tourmente. Le souvenir de son premier amour de jeunesse envers Greta est encore vivant. Les problèmes religieux l’accablent, mais envers et contre tout doute il souhaite croire. Il sent que quelque chose en lui le gêne dans son aspiration à la perfection morale. Il est particulièrement enthousiasmé par le Faust de Goethe et sa recherche de l’ultime vérité.
Extraits de son journal Vienne, le 17 janvier 1915 - Ma prière va maintenant à l’Immaculée : Qu’elle me suive dans cette ville à chacun de mes pas ! Que chacun de mes chemins, de mes pas, soit orientés vers la beauté ! 27 janvier 1915 – Dimanche a lieu la Communion. Je n’arrive pas à comprendre que le Christ, le Dieu-Créateur, Celui vers qui tout tend, que l’homme ressent conscient ou inconscient, Celui qui est fort et tout puissant, qui a mis en mouvement l’univers, Celui qui veille sur chaque brindille et chaque vers de terre, que ce Christ à qui ont a cloué les mains et les pieds, sur qui ont a craché, Celui qui ressucitait les morts et qui aimait les enfants, et qui même lors de sa propre mort a caché le soleil et a fait tremblé la terre, que Celui-là va être mien, qu’Il va discuter avec moi, homme que je suis le seul à vraiment connaître. C’est ainsi que je reconnaît que c’est bien Lui, car c’est ainsi qu’Il montre son amour inchangeable. 10 mars 1915 – Notre vie doit être un sacrifice, afin qu’elle ne regarde pas trop de belles choses. 17 mai 1915 – Ma vie est un grand point d’interrogation. De jour en jour ma foi enfantine se perd. Ce discernement d’antan entre le bien et le mal me manque… Toutes ces opinions sur le monde ne sont-ils pas seulement des préjugés ? Et je vis toujours de même et je me demande. Il n’y a que ce que je vois devant moi que je reconnais existant… Dieu existe-t-il ou non ? Le fait est qu’Il existe, que je le sens autour de moi, en moi, ici, là, là-bas, partout. Ses mélodies soutiennent et emplissent tout l’univers. Tout homme ressent ce souffle de quelque chose fort et éternel… Donc Dieu existe… Et Celui que nous sentons autour de nous, que la raison rend éternel, auquel l’âme aspire involontairement, celui-là sera sans aucun doute la Justice. Ainsi nous en arrivons à Dieu en personne. Il existe, je le crois fermement, même dans les plus durs instants de tentation et de doute, qu’Il est l’unique, l’éternel, le grand Dieu. Puisqu’il existe, déjà il s’en suit que notre vie a forcément un but… Cependant, il ne suffit pas seulement de croire. Notre foi doit être un système, un indicateur dans la vie, pour que nous n’agissions pas contre les principes de justice et d’éternité. Les religions fournissent ces systèmes. Et moi je dis : “Aut catholicus aut nihil” (soit catholique, soit rien). De ce point de vue il n’y a jamais eu l’ombre d’un doute en moi. Je sais et je sens que le catholicisme est la seule religion authentique (si la religion existe). Il ne m’est d’ailleurs jamais venu à l’idée que des autres pourraient être meilleures que la religion catholique. En mon âme je suis donc catholique, mais l’homme, tel qu’il était à l’origine, qui est en moi, ce Faust, qui ne connaît ni l’éducation ni les préjugés, m’entraîne vers le bas et fait de moi que je doute de tout. 23 avril 1915 – Mes chers parents m’ont souhaités une bonne fête. Que le Très-haut les bénisse ! Lorsqu’il m’arrive de douter dans le Plus-haut, dans la Bonté, et de toute mon idéologie, reste en moi cet amour inébranlable et ce penchant envers mes parents, je le sens si vivement vivant qu’il me témoigne que l’amour, l’âme et Dieu ne sont pas des utopies, que tout cela existe, et que l’homme est en vérité une idée qui aspire vers son origine.
Ici-bas l’homme est seulement voyageur En attendant le départ à l’armée Durant l’été de l’année 1915, Ivan est appelé à l’armée. En attendant son départ il habite chez ses parents à Banja Luka. Il continue à lire beaucoup d’œuvres littéraires. Il écrit son journal avec beaucoup d’assiduité. A la lumière de la foi, lentement, il entrvoie les réponses à beaucoup de questions. En outre, il ressent l’aspiration pour perfectionner son âme et son caractère. Durant cette période il fait un pas important dans sa vie spirituelle – à la fête de l’Immaculée conception, le 8.XII.1915., il fait vœu de chasteté jusqu’au mariage. Avec ce vœu il s’engage consciemment à ne pas pécher contre le 6ème et le 9ème commandement.
Extraits de son journal Sarajevo, le 25 octobre 1915 – Certains passages de l’évangile selon St. Jean à propos de la communion sont magnifiques. Lors de la dernière messe, j’y ai beaucoup réfléchi et j’en était tellement bien que j’ai réellement et mystiquement ressenti une transsubstantiation et la présence du Christ, devant lequel nous devons nous incliner. Banja Luka, le12 décembre 1915 –Je suis en paix, peut-être, avec la nature. L’élément féminin a joué dans ma vie le rôle qu’il devait. Ici-bas je n’ai plus rien à faire avec les femmes. Je ne tomberai pas amoureux, cela pourrait dégénérer en sensitivité. Les autres femmes n’ont qu’à jouer des rôles masculins dans ma vie, et particulièrement d’exquis amis masculins. Mais il m’est terrible, quand j’y pense, que je devrais toujours fréquenter une société pleine de sensitivité. L’autre jour, j’ai fait vœu à la Vierge Marie de chasteté jusqu’au mariage. Cela durera peut-être jusqu’à ma mort. 23 janvier 1916 – Je voudrais être humble ! Extrêmement humble! Je voudrais détruire tout cet orgueil naturel et humblement aspirer à la vérité, simplement à cause de cette seule vérité… 28 janvier 1916 – Je me rends compte que je suis très loin de quelque perfection que ce soit… Cela me fait très mal. Alors je me réfère à mes faits et gestes et je m’aperçois que je suis chrétien par la parole mais non par les actes. La chrétienneté n’est pas pénétrée dans mon sang. Il n’y a rien de plus dure que d’être un bon chrétien… Toute ma vie est contraire à mes désirs. La faiblesse, la faiblesse et toujours la faiblesse. Je devrais prier Dieu plus longuement pour ne pas perdre ce lien mystique avec Lui, pour le sentir dans chacune de mes pensées, dans chacun de mes regards et dans chacun de mes actes. Alors que là, je prie matin et soir, mais en fait, ma pensée prononce machinalement les saintes paroles. Je devrais lire l’Evangile tous les jours au moins une demie-heure, y penser, puis à midi après l’Ave Maria, se représenter des choses transcendentales et de même toute la journée, passer toute sa vie dans cette lumière mystique, faisant de mon âme un chef-d’œuvre et cherchant la Vérité-But. 24 février 1916 – J’aime beaucoup le silence et la paix, je peux réfléchir, je peux penser au mystère de l’Eucharistie, m’enfermer dans un éttonnement immobile, je peux prier longuement… C’est bien mieux dans la solitude. Rien n’est meilleur que de se retirer dans une petite église sombre et, doucement, réciter le chapelet au scintillement de la veilleuse, aux derniers rayons de soleil et s’émerveiller, s’émerveiller éternellement de l’Eucharistie, cet éclat, cette grandeur, cet Amour infini… 28 février 1916 – Avant mon départ pour l’armée, je vais encore écrire quelques phrases. En ces termes, je conclu ce journal, grâce auquel j’ai voulu m’éduquer intérieurement et faire de mon âme un chef-d’œuvre. Mais je me sens encore tellement loin du but… Hier je me suis communier, et je suis tellement joyeux et satisfait qu’il me semble que jamais plus je ne m’affligerai, même si cela doit m’être dure… Ici, l’homme est seulement voyageur, sa vraie destinée n’est pas ici sur cette terre, il a été élu pour quelque chose de supèrieure. |