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Séjour en Bosnie-Herzégovine et en Croatie
Le 28 septembre 2005, sous la présidence de Mgr Francesco Follo, l’observateur
permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, le Centre d’Etudes Théologiques de
Caen ouvrait solennellement l’année à venir en la plaçant sous le regard
d’Ivan Merz. Européen dans l’âme, passionné par le dialogue entre
culture et foi et profondément attiré par la France, ce Bienheureux
croate, qui commence à être connu dans notre pays grâce à la publication
d’une étude originale qu’il consacra à l’influence de la liturgie sur
les écrivains français, se présente comme un saint providentiel pour
le Ceth, un modèle à suivre, un exemple d’ouverture au monde et de
fidélité à la tradition. Le P. Bozidar Nagy, postulateur pour la cause de canonisation Ivan
Merz, était présent lors de la rentrée du CETh. Très sensible à cette
initiative, il a souhaité que les liens entre notre centre et le
Bienheureux s’approfondissent en même temps que les échanges entre la
France et la Croatie, deux pays qui, pourtant européens tous les deux et
fortement marqués, l’un comme l’autre, par la foi catholique, se
connaissent trop peu. Il m’a donc invité pour un séjour d’une semaine en
Croatie, précédé d’un passage en Bosnie-Herzégovine, où vivent une
minorité de Croates. C’est ce voyage que j’essaye de relater dans les pages suivantes à la
demande du P. Léonard, d’amis et de connaissances. Un voyage riche de
découvertes et de rencontres qui témoigne d’un rayonnement inattendu du
centre d’études théologiques de Caen subitement propulsé dans la sphère
européenne. Thomas Gueydier
Mardi 15 Novembre 2005 - Banja Luka (Bosnie-Herzégovine)
A peine arrivé à l’aéroport de Zagreb, le P. Nagy me met dans sa
voiture. Direction : Banja Luka. Au fil du trajet sur une route qui se
détèriore au fur et à mesure que nous nous éloignons de la capitale
croate, je comprends, d’après ce que me dit mon guide, que nous nous
dirigeons vers une région où les catholiques n’ont pas la vie facile.
Capitale de la partie Serbe de la Bosnie-Herzégovine, Banja Luka est en
effet une ville où la guerre est encore dans les esprits malgré
l’évolution des mentalités et la prise de conscience progressive par le
peuple serbe des exactions commises en son nom. Tandis que nous traversons une zone dont j’apprends qu’elle fut, il y
a quelques années seulement, un terrain de bataille sanglant, alors que
nous longeons un peu plus loin un immense champ où gisent les vestiges
d’une prison communiste, je prends conscience que nous nous acheminons
vers l’un de ces lieux, très éloignés de la bonne ville de Caen et de
la douce France, où – pour le dire sans emphase mais avec la gravité qui
s’impose - l’Eglise souffre, a souffert et souffrira encore sans doute
longtemps. La visite de l’esplanade où a eu lieu la béatification d’Ivan Merz,
à l’entrée de Banja Luka, me laisse la même impression. A côté d’un
grand champ où se sont massés les fidèles lors de la venue de Jean-Paul
II le 22 juin 2003 se trouvent les fondations de la nouvelle église
d’une communauté franciscaine. L’ancienne a été détruite pendant la
guerre, plastiquée par les Serbes. En attendant l’avancée des travaux,
qui semble pour le moins ralentie, une grande croix en bois est posée
entre des tiges de fer qui sortent d’une dalle de béton armé creusée par
les flaques d’eau. Arrivée à Banja Luka. Signalée par une drôle de croix en néon, l’entrée
de l’archevêché catholique est discrète. La cathédrale a la taille d’une
église paroissiale. Son clocher s’élance très haut mais moins haut, de
quelques mètres, me dit-on, que celui de l’église orthodoxe que l’on
construit 500 mètres plus loin. Après avoir longé de grands couloirs
recouverts de tableaux représentant Jean-Paul II et les anciens évêques
de la ville, nous arrivons dans la salle de réception et rencontrons le
directeur de la future Académie, un homme strict, accueillant mais
germanophone. Heureusement le P. Nagy est là pour traduire. Car c’est pour la fondation d’une Académie européenne que nous sommes
venus. Je l’aurais presque oublié. Il faut dire que le cadre de cette
ville où trônent fièrement encore à l’angle des rues sombres les bustes
en bronze des Partisans, n’est pas le lieu rêvé pour la création d’un
centre européen de la culture catholique. Et pourtant, dans cette salle
de l’évêché de Banja Luka arrivent successivement une délégation d’Allemands,
un Italien… Peu à peu les traducteurs se mettent au travail. Et puis se présente enfin celui dont tout le monde parle, que tout le
monde attend : Mgr Franjo Komarica, l’évêque de Banja Luka. Il se
dégage de cet homme impressionnant une étrange cordialité mêlée de
gravité, une joie, une gaieté même mais passée au crible de l’épreuve
que l’on devine lourde et pesante. Il faut dire que j’ai en face de moi
un homme au naturel sans doute optimiste mais qui a passé une partie de
la guerre assigné à résidence, un homme qui a vu et qui voit toujours
les membres de son peuple et ses fidèles en grande difficulté.
Apparemment il est heureux de rencontrer un Français dans son évêché et,
qui plus est, un Français qui connaît Ivan Merz, né à Banja Luka, dont
le premier cerceuil est exposé dans la chapelle de sa cathédrale… 19 heures : la fondation de l’Académie européenne commence par un
concert. Rien de surprenant si ce n’est que le chœur qui interprète les
grands classiques de la musique religieuse est composé de catholiques et
d’orthodoxes. Un petit miracle à Banja Luka. Les moyens techniques sont
humbles, le chef d’orchestre très sérieux n’a à sa disposition qu’un de
ces petits pupitres bon marché qui tient à peine en équilibre mais la
majesté des voix slaves est au rendez-vous et la magie opère. Je sens que la musique, ici, n’est pas une affaire de goût, comme
pour nous autres occidentaux, sursaturés de plaisirs et de
divertissements artistiques, mais l’affaire du peuple, l’affaire d’un
peuple qui essaye de se reconstruire ou de se construire tout simplement
au contact des grandes œuvres de l’esprit, en dépit des haines d’hier et
du ressentiment d’aujourd’hui. La soirée se termine par un dîner avec Mgr Komarica, le cardinal de
Sarajevo, l’évêque du Montenegro et les invités officiels à la fondation
de l’Académie. Je découvre que je représente la France, aux côtés d’un
Italien, responsable d’un grand mouvement de travailleurs et
d’Allemands, membres de l’association Caritas. Soudain l’ambiance devient subitement solennelle. Le directeur de
l’Académie demande le silence. L’évêque se lève et commence un discours,
apparemment ému. Le directeur traduit pour les Allemands et le P. Nagy
pour l’Italien et pour moi simultanément. Monseigneur Komarica dit son
émotion de voir rassemblés plusieurs pays d’Europe à Banja Luka. Sur
fond de phrases allemandes, italiennes et françaises, qui s’entremêlent
dans la salle de son évêché où tous les invités tendent l’oreille,
silencieux, immobiles, il présente donc son projet : créer un lieu de
dialogue, de réflexion pour promouvoir la rencontre de différentes
écoles de pensée, de différentes religions autour des valeurs
européennes. Au programme : éducation, écologie, éthique économique,
questions sociales. Mgr Komarica a conscience du caractère paradoxal de la fondation d’une
telle Académie à Banja Luka. Mais il y croit et tous ceux qui l’écoutent
y croient. Personnellement, je prends conscience de ce qu’est cette
Académie européenne : un formidable signe de contradiction, un geste fou
d’Espérance au cœur de la tristesse, dans le fin fond de cette partie de
l’Europe meurtrie, souvent oubliée et parfois méprisée. Après son discours, Mgr Komarica entonne un chant. Le cardinal et l’autre
évêque présent se joignent à lui ainsi que les autres Bosniaques. Le P.
Nagy m’explique qu’il s’agit d’un chant de remerciements. Cela dure
longtemps, une bonne dizaine de minutes mais on ne s’ennuie pas, on se
laisse porter par cette mélodie traditionnelle et chaleureuse.
Mercredi 16 Novembre 2005 - Banja Luka (Bosnie-Herzégovine),
Zagreb (Croatie) Les personnalités se massent sur le parvis ensoleillé de la
cathédrale de Mgr Komarica. Des voitures officielles défilent pour
déposer des responsables politiques de la région et d’ailleurs. On me
présente l’ambassadeur de Croatie en Bosnie-Herzégovine, le représentant
d’un Ministre croate… Un évêque arrive, puis deux et trois. La presse
est au rendez-vous aussi. La grand-messe commence. De nombreux prêtres sont venus accompagner
l’évêque de Banja Luka à l’occasion de la fondation de l’Académie qu’il
célèbre en même temps que ses 20 ans d’épiscopat. Je ne comprends
absolument rien du début à la fin mais cela n’est pas grave. La
ferveur est palpable dans le moindre chant, le moindre geste, la moindre
intonation. Pendant la Messe, deux hommes enturbanés entrent
discrètement et s’assoient au dernier rang : les imams de la ville. Et puis c’est le moment de la fondation officielle de la fameuse
Académie. Dans une grande salle de l’évêché, les journalistes ont déjà
installé leurs caméras et fixé leurs micros. Au premier rang prennent
place les évêques et le cardinal ainsi que les politiques. Les
représentants de l’autorité locale, c’est-à-dire de l’autorité serbe
sont particulièrement attendus… Après que Mgr Komarica a introduit la séance et que le directeur de
l’Académie a présenté les différents projets qu’il compte mettre en
œuvre, la parole est donnée aux invités. Je suis ainsi amené à évoquer
le sens de ma présence, un peu impressionné, il faut bien le dire,
devant ce parterre de dignitaires, de prélats et de journalistes. Je
déclare en substance que c’est le Bienheureux Ivan Merz qui m’a amené
ici et que la fondation de cette Académie me semble être une chance non
seulement pour la Bosnie mais aussi pour l’Europe en général et la
France en particulier. De fait, au fil des interventions -que le P. Nagy me traduit
infatigablement- je prends la mesure de la signification d’un tel lieu
de culture. L’imam évoque Banja Luka comme le « centre du mal », en
pensant au conflit récent. Un autre intervenant voit dans la Bosnie une
sorte d’Europe en miniature. Dans ce pays, les identités ethniques,
religieuses et nationales les plus diverses sont en effet amenées à
vivre ensemble, dans la paix, malgré le passé, malgré le souvenir encore
vif de la guerre mais toujours dans la vérité, sans trahir la mémoire
des peuples qui ont souffert, sans baffouer l’honneur des morts. Pendant le buffet, je fais plus ample connaissance avec les évêques
de la région, le cardinal, les invités, des intellectuels, comme ce
membre de l’Académie croate que je retrouverai plus tard et, à peine la
dernière bouchée avalée, le P. Nagy m’emmène dans le lycée catholique
d’Ivan Merz pour une visite improvisée à 16 élèves catholiques et
orthodoxes, juste avant de donner une conférence sur la découverte
d’Ivan Merz en France, prévue quant à elle, dans l’ancien lycée d’Ivan
Merz, un lycée d’Etat essentiellement fréquenté par des serbes
orthodoxes. J’apprendrai plus tard, par un représentant de l’ambassade de France,
qu’une telle chose aurait été impossible il y a quelques années
seulement. En réalité, c’est grâce à la directrice que cette rencontre
entre ses élèves et des catholiques a pu être envisageable. De mère
croate et de père serbe, cette femme courageuse facilite les relations
entre le P. Nagy et les professeurs de son établissement, sans craindre
les railleries de certains journaux nationalistes qui voient ce type
d’échanges d’un mauvais œil. L’administration l’a d’ailleurs menacée
plus d’une fois de lui retirer son poste. Soirée à l’évêché de Banja Luka. Nous retrouvons, après avoir visité
l’ancienne maison d’Ivan Merz, convertie en galerie d’art, Mgr
Komarica, le directeur de l’académie et les invités allemands et
italiens. Tout le monde écoute le journal télévisé et découvre que les
médias serbes rendent compte positivement de la journée. Encore un petit
miracle dont je devine la portée et la signification pour les
catholiques de Banja Luka qui représentent une minorité particulièrement
malmenée. Alors que je le salue, Mgr Komarica me demande solennellement de
faire connaître l’Académie en France… Jeudi 17 Novembre 2005 – Zagreb
Nous quittons Banja Luka tôt le matin pour Zagreb. Après avoir passé
la frontière, le P. Nagy me confie avoir l’esprit plus tranquille, une
fois parvenu sur le territoire croate. Durant tout notre séjour en
Bosnie, j’ai senti dans les rues une agressivité palpable des passants à
la vue du P. Nagy qui était en col romain. Fin de matinée : conférence à la Faculté des Jésuites de Zagreb.
C’est toujours le P. Nagy qui traduit. Mon intervention est la toute
première manifestation du Centre Ivan Merz, créé pour promouvoir le
dialogue entre culture et foi. J’essaye de montrer en quoi l’étude
d’Ivan Merz, tout en restant une étude de son temps, bien évidemment,
est sous-tendue par une puissante vision de la culture, vision d’après
laquelle la culture a besoin de la foi, et vice-versa. Le public
est principalement composé d’étudiants. Un représentant de l’ambassade
de France est présent. J’ai la suprise de constater que la télévision
croate m’attend à la fin de la conférence pour une interview. Ma venue a
été préparée de très près et la communication a fonctionné à plein. Après le déjeuner à la table du Recteur de la Faculté, je rencontre
les séminaristes jésuites. Ils me posent beaucoup de questions sur la
situation actuelle en France concernant la violence dans les banlieues. L’après-midi est consacré à une visite de Zagreb, que me fait faire
Tomislav, un jeune qui accomplit son service civil auprès de la
Postulation d’Ivan Merz. Je découvre donc, entre autres, les lieux
fréquentés par le Bienheureux : son quartier, le lycée où il enseignait
et surtout la basilique du Sacré Cœur, où il repose, entouré d’ex-voto.
L’un d’eux, rédigé en Français, fut déposé, me dit-on, par les amis dont
il fit connaissance à Paris pendant son séjour de 1920 à 1922. Chose un
peu étonnante : une plaque indique la place qu’il avait l’habitude d’occuper
à la Messe… Vendredi 18 Novembre 2005 - Zagreb
Le vendredi matin, nous partons une série de visites à l’évêché et à
la Faculté de Théologie de Zagreb. De l’évêque auxiliaire au Doyen en
passant par les responsables de la pastorale des jeunes, tous
connaissent évidemment Ivan Merz et sont heureux de savoir qu’il
commence à être découvert en France et qu’un centre d’études
théologiques s’y intéresse. En fin d’après-midi, je donne une conférence à la Maison de l’Europe
de Zagreb, un lieu non confessionnel donc. Là encore, j’insiste sur
l’intérêt culturel de la démarche littéraire d’Ivan Merz. Toujours
secondé linguistiquement par le P. Nagy, je tente d’expliquer en quoi sa
vision de la culture façonnée par la liturgie transcende l’opposition
entre l’universalisme abstrait des Lumières et la conception romantique
du peuple génial, conjuguant l’idée d’enracinement et d’ouverture en une
synthèse pour le moins indispensable à nos démocraties démoralisées. C’est avec un membre de l’Académie croate, professeur de philosophie
indienne et de sanskrit à l’Université d’Etat de Zagreb, le rédacteur en
chef du grand hebdomadaire catholique Fokus et d’autres
intellectuels que je dîne. Je comprends que la France, de manière
générale, n’a pas bonne presse en Croatie. La France pour eux, c’est, en
effet, la France de François Mitterrand, la France qui les a lâchement
abandonnés pendant la guerre contre l’envahisseur serbe, ne
reconnaissant leur indépendance qu’in extremis sous la pression
des autres pays européens et du Vatican. La rencontre de ces hommes passionnés par la politique est
instructive. D’une part, je m’aperçois combien l’image de la France est
catastrophique en Croatie. D’autre part, je saisis l’importance de
figures comme Ivan Merz qui permettent de jeter des ponts entre ces deux
pays, ainsi rassemblés grâce à la culture religieuse, en dépit des
aléas de l’Histoire. Samedi 19 Novembre 2005 – Bistrica
Visite matinale du sanctuaire marial de Bistrica, dans les montagnes
qui se trouvent aux alentours de Zagreb. Un lieu de pèlerinage où Ivan
Merz, représenté sur un vitrail, avait l’habitude de venir se recueillir.
C’est à Bistrica aussi que fut béatifié en 1998 par Jean-Paul II le
cardinal Stepinac, héros catholique de la résistance au communisme
yougoslave, dont le corps repose dans la cathédrale de Zagreb. J’assiste à la messe en présence d’une centaine de jeunes
confirmands, étonné par la piété avec laquelle ils participent à la
célébration. De retour à Zagreb, nous enregistrons une émission pour Radio Maria
au sujet des événements qui ont eu lieu en France au CETh ainsi qu’à la
Sorbonne et à l’Institut catholique de Paris suite à la publication de
la thèse d’Ivan Merz aux éditions du Cerf. Puis nous nous rendons chez les Collaboratrices du Christ Roi, un
institut séculier qu’Ivan Merz avait eu l’idée de créer et qui fut fondé
par l’une de ses amis après sa mort. Nous sommes accueillis par la
responsable des lieux. Le P. Nagy, tout en m’expliquant que cette femme
a été emprisonnée pendant la période communiste, me mène vers une pièce
très importante de la maison : « le musée Ivan Merz ». Il s’agit en réalité d’une pièce où sont entreposés, en attendant
d’être présentés au public, tous les objets et tous les documents ayant
appartenu au Bienheureux. Je découvre les cravates, le missel
(français), la machine à écrire, certains livres de la bibliothèque
d’Ivan Merz mais aussi et surtout les originaux de sa thèse, de ses
notes de lectures et de son imposant journal intime, préciseusement
gardés dans un épais coffre-fort. A la lecture de ces archives, je m’aperçois en particulier, que ce
qu’Ivan Merz écrit dans sa thèse ne représente vraiment qu’une infime
partie de ses réflexions littéraires. Réflexions d’autant plus
intéressantes qu’elles sont souvent, dans les pages de son journal ou
sur papiers libres, plus spontanées et plus personnelles que dans son
étude.
Dimanche 20 Novembre 2005 – Zagreb
Après une matinée libre, durant laquelle le P. Nagy sillonne le
diocèse, comme chaque dimanche, pour inciter les paroissiens au culte
d’Ivan Merz, nous rendons visite à un industriel qui soutient
financièrement le procès de canonisation. C’est l’occasion pour moi de
pénétrer dans un foyer croate et d’échanger au sujet du Bienheureux qui
représente beaucoup, d’un point vue spirituel, pour cet homme d’affaire
et pour toute sa famille. Le soir est prévue une conférence à la Basilique du Sacré Cœur de
Zagreb, après la Messe de 19 heures pour les paroissiens et pour
l’association des professeurs catholiques. Elle a lieu dans la salle où
Ivan Merz lui-même avait l’habitude de donner ses propres conférences ! Mon propos est centré, pour cette intervention, sur la manière dont
l’étude d’Ivan Merz renvoie aux Français une image d’eux-mêmes et de
leur culture profondément imprégnée, en l’occurrence, par le fait
religieux. Une image qui tranche donc admirablement avec celle que
certains courants de pensée tentent actuellement d’imposer, à savoir l’image
d’une France essentiellement, substantiellement laïque qui n’existerait,
en tant que telle, que séparée de l’Eglise et éloignée de son influence. Là encore, je me rends compte, grâce aux échanges et aux questions
qui suivent la conférence, combien la France est un pays lointain pour
les Croates, qui l’admirent pour sa culture et sa spiritualité tout en
la craignant à cause de ses options politiques, de son laïcisme et de
son arrogance envers les « petites nations ». Lundi 21 Novembre 2005 – Zagreb
La dernière journée de mon séjour commence par une série d’interviews
pour les médias - nationaux cette fois-ci. Toujours sur le même sujet :
la découverte d’Ivan Merz en France. Le P. Nagy, qui connaît la plupart
des journalistes que nous croisons dans les couloirs, est comme un
poisson dans l’eau dans ces locaux de la télévision et de la radio
croates qui se trouvent à deux pas de l’ancien siège du Parti. Ancien
siège du Parti où, pour la petite (ou la grande) histoire, le cardinal
de Zagreb a célébré immédiatement après la chute du communisme une
grand-messe en bonne et due forme. Initialement, une seule interview radio était programmée mais nous
sommes repartis en ayant répondu à deux interviews radio et à une
interview à la télévision, pour le journal télévisé ! Nous enchaînons sur une conférence dans le lycée où Ivan Merz a
enseigné pendant six ans. Je prononce le même discours qu’au lycée de
Banja Luka. Le P. Nagy a trouvé intéressant qu’Ivan Merz soit présenté
de la même manière aux jeunes catholiques croates et aux jeunes Serbes
orthodoxes. Je parle donc du Bienheureux comme d’un homme fidèle à sa
foi mais ouvert aux autres, échappant ainsi à l’individualisme religieux
comme au fanatisme, ces deux maladies spirituelles qui font des ravages
dans le monde d’aujourd’hui. Last but not least, la journée se termine par une visite à
l’ambassade de France. Reçus non par l’attaché culturel en personne,
comme prévu, mais par l’un de ses collaborateurs, nous nous voyons
proposer, à notre plus grand étonnement, une aide financière pour
faciliter les échanges ultérieurs entre le centre d’études théologiques
de Caen et le centre Ivan Merz, rattaché à la Faculté de Philosophie
des Jésuites de Zagreb. Selon notre interlocuteur, il s’agit-là
d’échanges culturels, au sens large du terme, que l’ambassade de France
en Croatie se doit d’encourager… Affaire à suivre.
Mardi 22 Novembre 2005 – Zagreb, Paris
Départ pour l’aéroport après … une ultime interview pour la radio
diocésaine. Voilà donc évoqué en quelques lignes mon voyage en Bosnie-Herzégovine
et en Croatie sur les pas du Bienheureux Ivan Merz. Que la Postulation pour la cause d’Ivan Merz représentée par le P.
Nagy soit remerciée de tout cœur pour l’organisation, l’annonce et la
traduction des conférences[1],
pour la planification des entretiens, des rencontres et des interviews,
et pour la prise en charge matérielle de mon séjour. Outre les bienfaits personnels que j’ai pu en tirer, je considère
cette expérience comme une suite directe, un fruit spontané de la
rentrée du Ceth mais aussi comme le début prometteur d’aventures à la
fois spirituelles, intellectuelles, culturelles, européennes et
ecclésiales pour notre centre d’études théologiques. Ad maiorem Dei
gloriam !
[1] Les différentes conférences que j’ai
prononcées lors de la fondation de l’Académie européenne et au
lycée de Banja Luka ainsi qu’à la Faculté de Philosohie des
Pères Jésuites, à la Maison de l’Europe, à la Basilique du Sacré
Cœur et au lycée archiépiscopale de Zagreb sont disponibles sur
internet en français et en croate à l’adresse suivante :
http://ffdi.hr (site de la
postulation)) |