Académie européenne, Banja Luka
16 novembre 2005


Ivan Merz : une « bouffée d’air frais »
 

 

 

 

Monseigneur, Excellences,  Mesdames et Messieurs,
 

Je suis très heureux de participer à la fondation de l’académie européenne de Banja Luka. Je découvre le projet en même temps que cette ville et ce pays. Nous ne savons pas ce que deviendra cette académie mais j’ai l’impression qu’il s’agit-là d’une grande chose pour la Bosnie mais aussi pour la France.

Si j’ai l’honneur d’être avec vous ce matin, c’est grâce au Bienheureux Ivan Merz. Je suis très ému d’être dans sa ville natale, où Jean-Paul II le béatifia récemment. Inconnu en France, il y a quelque temps encore, ce jeune Croate, qui passa deux années à Paris de 1920 à 1922, commence à avoir de l’importance pour de nombreux français.

 

Outre les précieuses informations disponibles sur internet, grâce au P. Nagy, nous connaissons Ivan Merz, pour l’instant, à travers la thèse  qu’il a rédigée dans notre langue sur l’influence de la Liturgie sur les écrivains français, récemment parue chez nous. Ce n’est, bien sûr, qu’une infime partie de son œuvre, mais déjà, à travers elle, nous pouvons découvrir la richesse de sa personnalité fondamentalement européenne.

 

Dans la présentation qu’il en fit lors du récent synode des évêques, Mgr. Franjo Komarica parla du Bienheureux Ivan Merz comme d’une bouffée d’air frais. Il n’y a pas d’expression mieux choisie pour décrire l’effet que provoque la découverte de sa conception de la littérature et de la culture françaises.

 

En effet, dans le climat pesant qui règne en France à cause d’un regain inattendu de laïcisme, Ivan Merz rassure, réconforte les catholiques français. Veut-on éradiquer le christianisme de la mémoire européenne ? Ivan Merz nous rappelle dans son étude que les écrivains français, les plus modernes qui soient, s’inspirent de la liturgie catholique. Veut-on reclure le fait religieux dans la sphère du privé, il montre, preuves à l’appui, que toute la littérature française témoigne des bienfaits sociaux de la foi catholique.

 

Plus fondamentalement, l’étude d’Ivan Merz consacrée à l’influence de la liturgie sur les écrivains français est sous-tendue par une puissante vision de la Culture. En évoquant la culture liturgique comme « le patrimoine national du peuple français » profitant au monde entier, il réconcilie en effet le besoin d’enracinement et l’aspiration à l’Universel qui est au cœur de tout homme. Il va sans dire que notre Europe en quête d’idéaux, d’idéaux incarnés a besoin d’une telle vision de la culture…

Depuis la publication de son étude, qui date de quelques mois seulement, plusieurs manifestations marquantes ont eu lieu au sujet d’Ivan Merz en France. D’abord il y a eu une rencontre entre théologiens à l’Institut Catholique de Paris. Ensuite une séance publique présidée par l’ancien président de l’Académie des Sciences Morales et Politique s’est tenue dans la prestigieuse Sorbonne, le lieu d’études d’Ivan Merz à Paris.

De plus, le Centre d’Etudes Théologiques de Caen, dont je coordonne les activités, a mis Ivan Merz au cœur de sa soirée de rentrée, le 28 septembre dernier. Nous avons eu l’honneur d’accueillir à cette occasion le P. Nagy, que je remercie de tout cœur, ainsi que quatre ambassadeurs de l’UNESCO : l’ambassadeur de Croatie, l’ambassadeur de Bosnie (Zeljana Zovko), l’Ambassadeur de France et l’Observateur permanent du Saint Siège  à l’Unesco, Mgr Follo, qui est aussi intervenu à la Sorbonne. Ce fut un moment inoubliable !

 

Très récemment, une revue a consacré un article élogieux au Bienheureux Ivan Merz et à sa thèse dans son dernier numéro… Cette revue n’est pas n’importe quelle revue : elle est rédigée par des étudiants des grandes écoles parisiennes, issus, entre autres, de l’Ecole Normale Supérieure, l’école qu’a tenu à tout prix à intégrer Charles Péguy et qui forme les futures élites françaises… Tout cela pour vous dire qu’Ivan Merz a commencé aussi sa mission post mortem auprès de la jeunesse française. Puisse donc ce deuxième séjour qu’il effectue à Paris, en tant que Bienheureux, porter beaucoup de fruit. Puisse donc aussi l’Académie européenne fondée dans le pays d’Ivan Merz promouvoir le dialogue entre les peuples européens et des actions communes pour le bien des hommes vivant dans cette région éprouvée et pour consolider la paix dans cette partie de l’Europe.