Interview avec prof. Thomas GUEYDIER
avant de venir en Croatie
10 novembre 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

Votre biographie.

 

Né à Cherbourg en 1975. Etudes secondaires à Nantes. Etudes de Lettres à Nantes puis à Paris (Sorbonne). Professeur de Lettres Modernes en collège et lycée dans la région de Nantes. Coordinateur général du Centre d’Etudes Théologiques de Caen (établissement privé d’enseignement supérieur soutenu par les trois évêques de Basse-Normandie). Marié (avec Elise) et père de trois enfants de 5 ans (Alice), 4 ans (Paul) et 7 mois (Jean).

 

Quand vous avez découvert bh. Ivan Merz ?

 

J’ai tout simplement découvert le Bienheureux Ivan Merz le jour de sa béatification (le 22 juin 2003), en lisant le journal La Croix.

 

Qu'est ce que vous avez trouvez intéressant dans sa personnalité ? Qu’est-ce qui a retenu votre attention ?
 

J’ai été très intrigué par ce Bienheureux littéraire. Je savais qu’il existait des saints philosophes, des saints artistes, des saints poètes mais je ne connaissais pas jusqu’alors de saints qui avaient consacré une partie de leur activité à l’étude de la littérature profane et moderne, qui plus est. De plus, le titre de la thèse d’Ivan Merz m’a immédiatement séduit. Là encore, j’avais lu des études portant sur les rapports entre la Bible et la littérature ou entre la spiritualité et la littérature. D’ailleurs mon mémoire de diplôme de maîtrise portait sur la réception moderne du Cantique des cantiques. Mais le rapprochement entre Liturgie et littérature ne m’était jamais venu à l’idée.

 

Votre évaluation de la thèse de doctorat d’Ivan Merz.

 

La thèse d’Ivan Merz sur L’influence de la liturgie sur les écrivains français présente un double intérêt à mes yeux. D’abord elle montre en toute objectivité que la foi catholique est une composante majeure de la culture française. En ces temps où les tenants d’une certaine forme de laïcité s’évertuent, en France, à relativiser l’importance de la foi chrétienne d’un point de vue historique et social, il va sans dire que ce type de travail est appréciable. Ensuite, la thèse d’Ivan Merz me paraît tout à fait stimulante et foncièrement originale en ceci qu’elle met la Nation au cœur de la Culture tout en définissant cette dernière, grâce à la liturgie, dans les termes de l’Universalité.

 

La publication de la thèse de doctorat d’Ivan Merz en France c’est votre grand mérite. Comment vous avez réalisé cela ?

 

Je n’ai aucun « mérite » à avoir collaboré à la publication de la thèse d’Ivan Merz en France. En réalité, les choses se sont passées très simplement. D’abord, j’ai découvert l’existence de cette thèse dans le journal, comme je vous l’ai dit. Ensuite, après l’avoir lue sur le site internent de la postulation, j’en ai fait une recension dans une revue des éditions du Cerf, à laquelle je collaborais. C’est alors que des lecteurs de cette revue se sont manifestés et ont montré un grand intérêt pour le travail d’Ivan Merz. Je me suis donc dit : pourquoi pas proposer aux éditions du Cerf de mettre ce document à disposition du public français ? L’éditeur a immédiatement accepté en décidant de publier la thèse telle quelle et en me demandant de rédiger une introduction…

 

Présentation de la thèse a Paris Catho en mai et a la Sorbonne en septembre 2005. Pourriez vous nous décrire un peu les détails de ces manifestations significatifs ?

 

Le 25 mai 2005, deux mois après la publication de l’Influence de la Liturgie sur les écrivains française s’est tenue à l’Institut Catholique de Paris une table ronde portant sur les rapports entre littérature et liturgie à partir du travail d’Ivan Merz. Présidée par le recteur de l’Institut Catholique et organisée par le Frère Patrick Prétot, directeur de l’Institut supérieur de Liturgie, cette rencontre a permis de mettre en valeur l’originalité du point de vue d’Ivan Merz. La richesse de son approche littéraire du phénomène liturgique a été soulignée. Cette table ronde a rassemblé un liturgiste, un musicologue, deux théologiens fins connaisseurs de la littérature et moi-même. Quelques mois plus tard, le 23 septembre, c’était au tour de la Sorbonne de consacrer une séance à Ivan Merz. Mgr Francesco Follo, l’observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, est intervenu lors de cette séance publique organisée par le Professeur Henrik Heger, enseignant la littérature française à la Sorbonne, et présidée par le Professeur Roland Drago, membre de l’Institut de France. Ces deux rencontres universitaires furent de grands moments bien évidemment instructifs, étant donnée la qualité des intervenants, mais aussi émouvants, puisque nous étions dans les lieux qu’avaient fréquentés Ivan Merz, un peu plus de 80 ans auparavant.

 

La grande manifestation a Caen de la rentrée de l’Année Académique du CETh. Bh. Ivan Merz fut au centre de la manifestation en tant que exemple (promoteur) du dialogue entre la foi et culture. Dites-nous quelques informations sur CETh et votre travail et puis sur la manifestation de la rentrée et d’Ivan Merz en elle.

 

 

5 jours après la séance publique organisée à la Sorbonne, Ivan Merz a continué son deuxième « voyage » en France, aussi fructueux et riche de rencontres que le premier ! Notre Centre d’Etudes Théologiques de Caen (Normandie) l’a en effet mis au cœur de sa soirée de rentrée du 28 septembre, qui était placée sous le signe du dialogue entre culture et foi à l’heure de la mondialisation et de la construction européenne. Quatre ambassadeurs de l’UNESCO étaient ainsi rassemblés autour du Bienheureux croate pour réfléchir à cette question : Mgr Follo, Mlle Zeljana Zovko (Bosnie-Herzégovine), Madame Neda Ritz (Croatie) et Monsieur Jean Guéguinou (France). Le P. Nagy et Ivanka Jardin nous ont aussi fait l’honneur d’être des nôtres.

 

Là encore, cette rencontre fut très importante pour nous. Les 250 personnes qui étaient réunies ce soir-là ont vécu une expérience très forte. Nous avons recueilli beaucoup de témoignages allant dans ce sens. Chacun a pu prendre la mesure de ce que signifiait croire, espérer et aimer pour des peuples qui, meurtris par les guerres récentes, n’ont pas la chance d’être connus et reconnus, comme la France par exemple, sur la scène internationale ou européenne. Je crois pouvoir dire qu’une très belle communion s’est créée ce soir-là et le Bienheureux Ivan Merz n’y était pas pour rien, j’en suis convaincu.

 

Nous comptons donc sur lui pour qu’il nous accompagne dans notre recherche de dialogue entre culture et foi. Dialogue que nous essayons humblement de mettre en place au Centre d’Etudes Théologiques de Caen par des cours, des conférences, des journées d’études mais aussi des événements culturels permettant de jeter des ponts entre la théologie et la philosophie, l’art, la littérature mais aussi la science, la médecine etc.

 

Vous vous préparer d’écrire votre dissertation sur Ivan Merz à la Sorbonne. C’est pour les Croates un grand honneur. Comment vous vous êtes décidé de le faire et comment vous prévoyez le déroulement de votre travail. Avez vous déjà déterminé le sujet de la thèse ?

 

J’ai trouvé un professeur qui acceptait de diriger mes recherches mais pour l’instant, j’ai décidé de commencer par apprendre le croate cette année, tout en entamant la collecte de l’ensemble des documents rédigés en français par Ivan Merz lui-même ou par ses proches et ses correspondants. Le sujet porterait précisément sur l’itinéraire intellectuel et spirituel d’Ivan Merz ainsi que sur le rôle qu’il a joué dans les mouvements de jeunesse croate.

 

Vous êtes père du famille avec trois enfants. Le troisième porte nom Jean - Ivan. Est-ce que ce fait a quelque lien avec bh. Ivan Merz ?
 

Tout à fait. Ma rencontre avec le Bienheureux Ivan Merz ne fut pas qu’une rencontre intellectuelle. Nous avons, ma femme, mes enfants et moi-même une grande dévotion pour lui. A tel point que notre dernier fils, qui a 7 mois, a été placé sous la double protection de saint Jean l’Evangéliste et du Bienheureux Ivan Merz, dont il porte les prénoms !
 

Votre message aux catholiques croates concernant bh. Ivan Merz.

 

Réveillez-nous ! Comme Ivan Merz, rappelez aux catholiques français endormis par le laïcisme ambiant et le relativisme contemporain l’importance de la prière, la grandeur de l’Eucharistie et le prix de la Foi, que vous avez payée au prix fort, durant le XXème siècle en particulier, par votre résistance courageuse au Communisme. Forts de votre Histoire, forts de votre fidélité à l’Eglise, n’hésitez pas à nous demander souvent, comme Jean-Paul II l’a fait lors de de sa visite de 1980 dans notre pays : « France, qu’as-tu fait de ton baptême ? »